Témoignage de Gérard GUILLOT , victime d’un AVC le 26 juillet 2004

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Je m’appelle Gérard Guillot.

Je suis sérigraphe de profession et désormais à la retraite.

Je réside à Nouaillé-Maupertuis.

Je suis membre de nombreuses associations. Anciennement très investi au football dans l’équipe de vétérans et en tant qu’encadrant pour les jeunes. Je participais également aux nombreux spectacles de l’Association Nouaillé 1356.

Ma vie était la vôtre, sereine, rayonnante et comblée par ma famille et mes amis.

Et puis le 26 juillet 2004, à l’âge de 56 ans, ma vie bascule : je suis victime d’un A.V.C. et des conséquences qui en découlent…

J’étais seul à la maison lorsque mon Accident Cardio-vasculaire s’est produit. J’ai dû attendre le retour de mon fils Benjamin qui a appelé les secours mais je ne m’en souviens plus. J’étais inconscient  lors de mon transfert à l’hôpital. Quand je me suis réveillé, les médecins m’annonçaient une hémiplégie côté droit ainsi qu’une aphasie. Termes bien savants qui vous disent peu mais qui résument ma situation par une paralysie du côté droit et une absence de parole.

Ma vie devient un calvaire…

Hospitalisé à la clinique Saint-Charles, le Docteur Alice IRANI et son équipe, Aurélie, Emeline, Estelle m’ont apporté une aide physique et psychologique, ainsi que l’ensemble des soins que mon état nécessitait.

Je suis resté alité de longs mois sans aucune sensation corporelle : 12 mois, puis 20 mois et enfin 26 mois.

Je n’étais plus du tout autonome. Ni ma tête ni mon corps ne répondaient. Je me trouvais dans une situation de dépendance complète. C’était très dur… Puis, avec la complicité des miens et de l’équipe médicale, j’ai lentement progressé et repris conscience de l’existence de mon corps. Ma jambe droite devenait plus sensible. Je commençais à me déplacer à l’aide d’un fauteuil roulant. Mon bras droit en revanche, n’a montré aucun signe de progression.

C’est après de longs mois de convalescence que je quitte la clinique. De retour à mon domicile, malgré de nombreux moments de doute, de désespoir, j’ai décidé de combattre mon «Handicap ».

A force de pugnacité et de travail avec des professionnels, je suis parvenu à progresser et à découvrir de nouvelles activités sportives, manuelles et surtout, je me suis remis à MARCHER.

Ne pouvant assumer seul mon quotidien, Gwladys et Denis, auxiliaires de vie, sont toujours là pour moi.

Je les remercie énormément !!!

Vous savez, ce n’est pas mon genre Gérard Guillot de jouer du violon et de douces mélopées, mais plutôt pour moi de jouer un bon air d’accordéon qui vous donne envie de danser la  ritournelle même dans les moments tourmentés.

Je tiens tout particulièrement à remercier tous ceux dont l’amitié est restée intacte et fidèle. Tous ceux qui me permettent de retrouver un peu de confiance, d’espoir et de joie de vivre car dans toute situation difficile il y a des  instants un peu moins pénibles que d’autres.

Dans la douleur et la souffrance, il y a des répits où le mal s’estompe avec mes amis, même sans totalement disparaître de ma tête.

C’est pourquoi aujourd’hui je vous écris pour vous remercier de tout votre soutien et votre gentillesse.

 

TRIBULATIONS D’UN BLESSE DE 17 ans…

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I/ L’accident, l’annonce

10 nuits 9 jours, c’est très long quand on ne ferme pas l’oeil…

Une longue blouse blanche rehaussée de lunettes bleu fluo est arrivée dans la salle où un médecin nous avait convoqués :

« J’ai une bonne nouvelle pour vous : votre fils vivra !

Bien Docteur, mais dans quelles conditions ?

Madame, je ne vous cache pas, il aura de très graves séquelles ».

A ce jour, ces mots résonnent encore à mes oreilles, pourtant je ne pouvais imaginer ce que cette réponse pouvait contenir.

Entré en réanimation avec un Glasgow indice 8, le 4ème jour à 6h du matin, la sonnerie du téléphone nous demandait de porter des vêtements : le score de Glasgow venait de chuter à 5.

Ce matin-là, la mort dans l’âme et sans doute au bout du chemin, nous avions pris la route de Bordeaux dans un silence lourd…

Mais la vie l’emporta malgré la cohabitation d’un staphylocoque doré !

Chaque jour, nous continuions à parcourir nos 300 km pour nous retrouver dans la salle d’attente où un pesant silence régnait entrecoupé parfois de sanglots émanant des nouveaux parents, car pour les autres, après quelques jours, des grands cernes noirs remplaçaient les larmes, chacun la tête baissée attendant le droit d’aller voir son blessé.

Qui a lu les affiches de la salle d’attente mal éclairée ?

Le 16ème jour, Valentin a enfin ouvert les yeux, ils clignotaient ces yeux immenses éberlués, sans apporter de réponse à nos questions. Le monologue allait continuer.

Deux jours plus tard, Valentin et sa machine à respirer est transféré en soins intensifs dans le service d’orthopédie où les différents chirurgiens allaient enfin pouvoir réduire les 10 fractures.

Alors l’idée d’un crayon et d’un bloc est venue afin de communiquer et quelques jours plus tard à notre grande surprise à la question comment t’appelait-on quand tu étais petit ? Au lieu d’un gribouillage la première parole est arrivée : « Tinou ». Une forte émotion inonde mon visage ! Et il nous faudra attendre longtemps avant d’entendre à nouveau sa voix.                                                                                                                                

Bizarrement Valentin ne semble pas souffrir malgré son corps déformé et malmené, ce qui m’étonne encore aujourd’hui.

Arrive le transfert en réanimation neurologique où incontinent et ne parlant toujours pas, il restera un peu plus de 2 mois. Un essai de réveil au sol est tenté, sol tapissé de plusieurs matelas, pour être abandonné après une 2ème nuit car Valentin se tapait les jambes ou la tête contre les murs, et avec les fractures, je ne peux fermer l’oeil.

L’éveil sera long et agité, avec de nombreuses fausses routes alarmantes.

Valentin manifeste une agressivité à mon encontre et envers le personnel soignant. Puis les premières paroles et la demande de bassin sont intervenues. Une ombre est passée lors de la dépose de la résine de la jambe droite, un nerf a été coincé empêchant le pied de se tenir dressé. Un électromyogramme a été pratiqué et une gouttière est posée pour tenir le pied à l’équerre. Les soins de kiné apportaient une avancée chaque jour.

II/ Centre de Rééducation

Puis Valentin est transéaté vers un centre de rééducation fonctionnelle où il restera 2 mois et où un manque de personnel sera à déplorer : Valentin doit se débrouiller comme il peut et n’étant pas suffisamment éveillé pour bloquer les roues de son fauteuil avant de s’installer sur les toilettes, les chutes sont nombreuses et les fractures n’aiment pas cela.

Mais l’agressivité est telle qu’on nous demande de reprendre notre enfant à la maison.

C’est au cours de ces 2 mois passés, qu’une personne, récemment paraplégique, me prodigua ses conseils : la première chose, il ne fallait absolument pas accepter de percevoir d’argent de la compagnie d’assurances adverse, responsable. Il fallait confier les intérêts de Valentin. à une société spécialisée dans la défense des victimes d’accident. Cette relation fut très convaincante car 8 jours plus tard, j’écoutais les conseils de Mme X qui vint me rendre visite toutes les semaines pendant lesquels V. est resté dans ce centre de rééducation. Désormais, je devrais demander une facture pour chaque dépense faite pour Valentin, des feuilles de déplacement me furent remises sur lesquelles chaque déplacement, motif, nombre de km parcourus devaient être notés, un compte-rendu d’hospitalisation devait être demandé à la sortie de chaque service.

Un expert mandaté par cette société ouvrit un rapport en ces termes :

Service du Pr ERNY

14 08 1991 Glasgow 8

17 08 1991 Glasgow 5

Traumatisme thoracique et hépatique, contusion bilatérale des pôles supérieurs des reins.

Plan fonctionnel normal

Fracture comminutive de la diaphyse du fémur gauche et fracture ouverte stade 1 de la jambe gauche, pseudo arthrose qui pourrait nécessiter une reprise chirurgicale.

Ouverture anti-comitiale, pétéchies hémorragiques.

Service Pr LE REBELLER

31 08 1991 opération Dr ROGER et Dr HAMEL : Enclouage du fémur

Ostéosynthèse de la fracture bi-malléolaire cheville droite

Drainage thoracique gauche

Service du Pr MICHELET

04 09 1991 Opération Dr B. COUSTAL : fracture mandibulaire bi-focale, fracture angulaire bi- latérale

16 09 au 25 11 1991 Réanimation neurologique Pf Michel BARAT

Incontinent, ne parlant pas.

25 11 1991 : Centre de rééducation fonctionnelle La Tour de Gassies

14 01 1992 : appui sur la jambe droite

Fracture d’une molaire supérieure gauche

Perturbation odorat et goût.

Le fixateur externe de la jambe gauche doit être enlevé le 12 02 1992

Mobilité satisfaisante mais déficit de la flexion dorsale : fracture apophyse L3

La course aux comptes-rendus dans les différents services du CHU commença, à chaque fois, il fallait revenir chercher ledit compte-rendu, indispensable pour la bonne suite de l’indemnisation en particulier.

Six mois s’étaient écoulés mais tout cela ne m’avait pas effleuré l’esprit, entre les longs parcours en voiture pour assister Valentin, la maison et une entreprise à faire tourner malgré tout et surtout trop engluée dans ma souffrance. À la maison, j’avais vite pris conscience de ma solitude car je m’occupais de tout.

Deux mois avant l’accident mon époux venait de changer de situation professionnelle et moi de prendre la gérance de notre petite entreprise de Parcs et Jardins. Mon nouvel associé avait été compréhensif mais s’était vite avéré ne pas être à la hauteur de la partie technique qui lui était dévolue. De septembre à novembre, j’habitais la semaine à Bordeaux, les matins étaient consacrés aux relevés de travail, devis, factures, préparations de commandes. Le week-end alternativement son frère ou sa sœur, restait au chevet de leur frère, pendant que je rentrais pour taper à la machine, le travail préparé la semaine.

Mon époux n’était venu voir son fils que 3 ou 4 fois, après une présence sans faille pendant la période de coma. Je le sentais mal à l’aise et pressé de repartir, il n’arrivait pas à parler à son fils…

III/ Retour à la maison

Valentin est revenu à la maison en cette fin de mois de février 1992, le personnel du centre de rééducation ne supportant plus son agressivité.

Une résine faisant place fixateur a été posée avec prévision d’une greffe osseuse à la jambe gauche après 3 semaines.

La colère et la violence étaient omniprésentes. La moindre parole suffisait à les déclencher, notamment le terme de « TC » lui était intolérable. Pour lui cela signifiait « anormal » « mongolien » et correspondait, pour lui, à la pire des insultes.

22 ans après, ces mots ont toujours la même résonnance et les mêmes réactions violentes !

A la maison, c’est le désert : quelques rares visites de copains pourtant si nombreux quand tout allait bien. Un seul vient régulièrement pousser le fauteuil.

IV/ Complications

Ce printemps là aurait dû être simple mais en mars sous la résine de la jambe gauche, une tâche apparaît : après consultation du Professeur : sous la résine c’est… la pourriture ! Hospitalisation le jour même pour curetage. Quatre semaines plus tard, sortie : Valentin est harnaché d’une orthèse et doit marcher avec des béquilles. Nous sommes mi-avril, je cours du bureau au chevet de Valentin. Une chance que le bureau soit sous le même toit !

Les journées de Valentin se passent sur le lit à écouter de la musique à tue-tête ce qui me vrille les oreilles : je baisse le son sans rien dire, je n’ai pas le temps de me remettre au travail que le son a repris du volume…

Mi-juin grande satisfaction, Valentin peut commencer à marcher avec une seule béquille. Il déambule dans la maison mais souvent je le retrouve assis, les yeux dans le vide, il parle tout seul, fait des gestes incohérents ce qui ne manque pas de m’inquiéter. Aux questions des réponses évasives. Valentin est obsédé : il doit retourner à tout prix au lycée, obtenir son bac pour entrer en faculté de médecine.

Complètement irréaliste car il n’a plus de mémoire.

Le 18 08 1992, retour dans le service orthopédique pour l’ablation d’une partie du matériel orthopédique (cheville droite et mâchoires). J’en profite pour prendre conseil auprès du Pr B. qui le visite au cours de ce séjour : son avis est sans appel, Valentin doit être hospitalisé en milieu spécialisé c’est à dire en HP. Entendez Hôpital Psychiatrique.

Fin août, sortie de l’hôpital pas rasé, pas lavé, amaigrissement très important et état de prostration.

Le 09 09 1992,  transport en soins intensifs Hôpital HP GARDEROSE à LIBOURNE où nous connaissions un chef de Service qui acceptait de le recevoir pour faire le point de son état.

En effet, sa tante, professeur, lui avait promis qu’il ferait la rentrée des classes 1992 mais en raison des problèmes agressifs, la reprise a été refusée par le proviseur. Charge à elle de le lui annoncer : Valentin n’a pas supporté la nouvelle et s’est enfui de chez sa tante vers 21h… Malgré des recherches soutenues, nous ne l’avons pas retrouvé sur les 15 km de côte, ni sur les rochers.

A 23h30, police et gendarmerie sont prévenues… Nous ne l’avons retrouvé qu’à 11h le lendemain, prostré devant chez des camarades de classe qui n’ont pas osé le faire rentrer tant il était effrayant et qui n’ont même pas eu l’idée de m’appeler pour me prévenir depuis le début de la matinée !!!

Que de difficulté pour le faire monter dans la voiture : une raideur du corps anormale accompagnait le refus, yeux dans un autre monde…

Dure entrée dans le domaine de la folie.

Valentin ne peut pas rester à Libourne car il n’est pas dans son secteur.

Et oui, nous venons d’apprendre que la maladie, la démence a des secteurs.

Notre secteur est Jonzac, mais je demande un transfert à l’hôpital Marius LACROIX à LA ROCHELLE, car je viens de prendre une très grave décision : le cerveau détruit peut-être, mais plus jamais les coups imprévisibles ! Si c’est nécessaire, je demanderais que des électrochocs soient pratiqués pour annihiler cette violence.

Je reste à me demander pourquoi dés le début de mon adolescence, j’étais autant passionnée par le cerveau, son fonctionnement, ses problèmes. Que de documents j’avais pu lire y compris sur les lobotomies pratiquées sur les homosexuels en Espagne, notamment… 

Entrée le 10 octobre 1992 dans le service du Dr B. : la violence va crescendo, des infirmiers sont blessés, elle devient telle qu’on me demande de venir 3 ou 4 fois par semaine pour faire la toilette et le nursing car le personnel ne veut plus l’approcher, alors qu’il a été mis en chambre d’isolement.

Le 20 octobre 1992 : RV est fixé par le Dr B. qui nous apprend que Valentin est dans un état d’excitation très important et que le traitement mis en place depuis son arrivée est inefficace mais qu’il va tout de même être poursuivi pendant 3 mois, puis qu’il faudrait envisager une cure de lithium et aller jusqu’aux électrochocs si nécessaire !

Mais dès le 2 novembre 1992, dans l’urgence, une mise en programmation des séances d’électro-convulsivothérapie est établie devant l’état de violence développée par Valentin. Quatorze séances ont fini par en avoir raison.

Les premiers jours de janvier 1993, Valentin semble aller mieux et on parle de départ vers le centre de rééducation de CHATEAU RAUZÉ à CENAC, près de Bordeaux.

Malheureusement le 15 janvier, rechute : Valentin a frappé un autre patient !

Et si mon fils, dans sa démence, commettait l’irréparable ?

Il s’en passe dans la tête d’une maman : Si je devenais la mère d’un crim…

Mère d’une victime, aussi difficile soit la vie, peut-être, mais celle d’un bourreau, l’idée m’est tout à fait insupportable. Désormais il me faudra apprendre à vivre avec cette épée au-dessus de ma tête… 

Du 08 mars au 12 mars 1993 : Court séjour pour essai  au Centre de Rééducation de CHATEAU RAUZÉ en vue d’un accueil en UEROS (Unité d’Evaluation de Réadaptation et d’Orientation Socioprofessionnelle). Bilan : Le médecin ne trouve pas Valentin assez équilibré, ni assez autonome pour une bonne prise en charge mais ne dit pas clairement qu’il n’était pas possible que Valentin entre dans cette structure en raison de son comportement, mais on me l’a fait comprendre. Plus tard, j’ai demandé que cette décision me soit écrite, en qualité de support pour me servir auprès des compagnies d’assurances, mais malgré des rappels, je n’ai obtenu qu’une fin de non recevoir…

Retour à La Rochelle, où la violence est en recrudescence…

V/ Essai de scolarisation

Un retour à la maison semble être la seule solution et a lieu le 10 juin 1993. L’été est difficile : dès la moindre contrariété, la main ou le poing est levé et tombe parfois mais le jeu semble se calmer.

Malgré tout Valentin ne pense qu’au Bac…

Malgré toutes ces difficultés, nous avons essayé d’intégrer Valentin, nous l’emmenions avec nous à des réunions sportives ou rencontres amicales. Valentin se ruait sur les gâteaux apéritif et les avalaient goulûment sans s’occuper d’en laisser pour les autres…

Il félicitait nos relations féminines sur leur poitrine, demandait les mensurations et quelquefois les mains étaient promptes à s’égarer… Ainsi naissait la nouvelle méthode de séduction de notre fils !

Petit à petit, nous avons dû abandonner ces manifestations, malgré la bonne compréhension de nos amis, ou nous nous y rendions à tour de rôle.

En novembre 1993, le médecin-psychiatre pense qu’un essai de reprise d’études au LEP Pierre et Marie Curie à Royan, et ce, malgré le très lourd traitement prescrit par l’hôpital, serait un test et pourrait apporter une amélioration. Sans succès, en raison de nombreux malaises d’origine inconnue, mais vraisemblablement en liaison avec la médication. De plus, la comptabilité n’intéresse pas Valentin : Il veut être médecin !

Mi-janvier 1994, nous obtenons une place au Centre  médico-psychologique de La Fondation Santé des Étudiants de France Jean Sarrailh à AIRES SUR L’ ADOUR.

Essai de reprise d’études au niveau de 3ème… sans succès (malaises, fatigabilité, démotivation, désinhibition avec gestes déplacés vis-à-vis de ses camarades).

Le 10 juin 1994, Sortie définitive de la Fondation de France et retour à la maison. Valentin est déçu et l’enfer commence : refus de se lever et de participer à quoi que ce soit, se sauve de la maison dès le relâchement de la surveillance.

Il se promène dans notre gros village où tout le monde le connaît depuis sa naissance. Mais les frasques ne manquent pas.

Des bonnes âmes me conseillent de le faire renfermer…

Le 1er août 1994: Agression sur un touriste belge et… premier dépôt de plainte.

Je suis épuisée : la situation est si dure à gérer que je prends la grave décision de céder l’entreprise de parcs et jardins. Je vends mes parts à mon associé et il rachète l’entreprise le 31 mai 1995. Je peux désormais consacrer tout mon temps à Valentin.

27 octobre 1995: Violences sur notre voisin qui lui a fait une mauvaise réflexion et qui généreusement dépose plainte également !

Chaque fois, je me rends au commissariat où j’explique notre impuissance face à une telle situation devant l’incompréhension complète des agents de ne pas être en capacité de contenir notre enfant. Alors j’imagine de leur demander ce qu’ils feraient à ma place, que j’accepte tout conseil, ce qui a pour effet d’arrêter les insinuations voire les réflexions des agents.

Jusqu’au mois d’octobre 1996, l’horreur est vécue à la maison : violences et coups. Il a même osé frapper son père à qui il voue une véritable admiration alors que ce dernier s’arrange pour rentrer de plus en plus tard au foyer, après sa journée de travail.

Cet été 1996, Valentin fait connaissance d’une copine Rachel qui le pousse à reprendre des études. On espère beaucoup de cette relation mais Valentin ne veut plus vivre à la maison, il me trouve trop exigeante, trop sur son dos et tout devient tellement si difficile que la sœur de mon époux décide d’essayer ce qu’elle estime que je ne suis pas capable de faire et le prend dans sa famille à compter du 15 octobre. Au début tout est beau, l’enseignante prépare tableaux, liste de travail à exécuter. Et le mari, médecin, est là pour surveiller le traitement qu’il diminue, trouvant Valentin plus accessible avec moins de médicaments….

La prise en charge par la famille ira jusqu’à ce que les relations ne soient plus tolérables et mi-décembre, il m’est demandé de reprendre mon fils. Et là, j’entends l’impensable : « Tu ne pouvais pas nous dire que ton « drôle » est schizo ! »

C’est le professeur, femme d’un médecin qui parle…

Je ne réponds pas car moi non plus, je ne sais pas encore que mon « drôle » n’est pas schizo, mais qu’il est juste TC !

Valentin ne veut pas revenir à la maison, mais n’a pas le choix. Je me mets alors en quête d’une famille d’accueil…

Le jour de Noël, sans rien dire, il part à pied chez sa copine Rachel, avec ses affaires, en chemise à manches courtes alors qu’il gèle. Une cousine qui vient de le voir passer devant chez elle, me prévient, alors qu’on le cherche déjà partout.

Le 2 janvier 1997, nous le transportons avec quelques meubles chez la famille d’accueil, à 30 km de chez nous.

Dès le lendemain matin 6h le téléphone retentit : la famille appelle : Valentin vient de les agresser dans la nuit. Ils ont appelé la gendarmerie de Cozes et je dois le faire interner sur le champ, sinon c’est le préfet…

Les gendarmes m’attendent, pendant que Valentin leur récite Ronsard « Mignonne, allons voir si la rose… » … « Vous voyez bien que je ne suis pas fou ! »

Ce matin l’ambulance mettra presque 3 heures pour atteindre La Rochelle, en raison des pluies verglaçantes. Entrée à Marius Lacroix à La Rochelle en HDT (Hospitalisation à la Demande d’un Tiers).

Le lendemain, morte de fatigue, je glissais sur ma terrasse verglacée et me fracturais la cheville.

Le 29 janvier l’hôpital nous avertissait de la  Tentative de suicide de Valentin : Il s’était ouvert le cou et les poignets avec le plastique d’un stylobille, horrible à voir et interdiction de visite pendant 3 mois. Cette période a donc été doublement difficile.

Petit à petit, les parents apprennent beaucoup sur la médecine, je comprenais enfin la différence des résultats obtenus entre un scanner et une IRM.

C’est donc à ma demande que la première IRM, depuis l’accident le 14 août 1991, a été pratiquée le 3 juin 1997 pour connaître les dégâts anatomiques du cerveau, les régions lésées afin d’en mieux comprendre les conséquences.

Certes si ça ne changeait pas grand chose à la situation vécue, il y a avait la très petite satisfaction de comprendre quelles séquelles pour quelles régions touchées par l’hémorragie et mieux comprendre et excuser le comportement insupportable qui nous faisait si honte. Désormais je savais que les lobes temporaux et frontaux avaient été lésés et que c’étaient ces derniers qui commandaient le comportement !

D’un autre côté, je ne me sentais plus seule : Mme X de la Société de défense me promettait que nous allions être indemnisés de tous nos frais et que V. allait percevoir le dédommagement de son préjudice, mais que surtout il ne fallait pas parler de cette nouvelle hospitalisation pour ne pas retarder la procédure.

Les hauts et les bas se sont succédés jusqu’en août et jusqu’à ce qu’il frappe très violemment et blesse un infirmier du service.

30 séances d’électro-convulsivothérapie auront raison de cette violence mais Valentin est réduit à l’état de zombi. On est obligé de lui faire répéter ce qu’il dit car la bouche est pâteuse et les idées ralenties…

Malgré tout, le médecin qui avait demandé le transfert en UMD (Unité de

Malades Difficiles) à Cadillac maintient sa position. Mais il faut attendre une place disponible…

Le 5 novembre Valentin me téléphone pour me dire qu’il vient de signer son bulletin de départ pour Cadillac. Et, il menace à nouveau de se suicider.

Mon sang ne fait qu’un tour : je ne comprends pas, ces derniers temps justement, j’ai constaté une amélioration de son état et ai fait une demande pour le prendre quelques jours à la maison mais refus du médecin responsable du service.

Heureusement quand des parents deviennent « habitué » on lie des relations avec le personnel voire une sympathie : j’en parle à un infirmier, vétéran du service, qui a fait les mêmes constatations que moi et m’explique comment sortir mon fils de l’impasse. Je lui serais éternellement reconnaissante de son aide.

J’ai donc fait appel à un expert psychiatre indépendant pour pratiquer une expertise dont le rapport du 6 décembre 1997 se soldait par : « Pas de transfert à Cadillac, mais sortie prématurée. »

Valentin ne sortira que le 5 mars 1998 réduit à l’état de loque : les yeux exorbités, pouvant à peine se tenir debout, incontinent la nuit et incapable de bien gérer sa vessie le jour, les tremblements des mains empêchant l’ouverture rapide d’une fermeture-éclair…

Pendant ce temps de combat sur le plan médical, la partie administrative de l’accident avait commencé :

Dès mars 1992, sans que nous ayons demandé quoi que ce soit, notre compagnie d’assurances nous avait proposé la somme de 45.000 F en acompte à valoir sur le dédommagement de l’accident.

Forte de l’assistance de la société de défense, je décline l’offre, d’autant que Mme X me dit qu’elle va m’obtenir une semblable somme par la Cie adverse, responsable de l’accident…

C’est en décembre 1992 au cours de la première hospitalisation en HP à la Rochelle que le médecin-chef du Service demande une mise sous tutelle de notre fils.

Après audition, la tutelle est déclarée ouverte le 3 juin 1993, je suis nommée tutrice et à compter de ce jour, je dois tenir une comptabilité précise des mouvements d’argent effectués pour notre fils.

L’accident est un AVP (accident de la voie publique) travail-trajet.

Valentin voulait une nouvelle mobylette et comme je pense que tout se mérite, je lui avais dit de trouver un travail pour la payer… V. sortait de son job d’été, nettoyage des sanitaires dans un camping de 6h à 8h30 le matin quand la voiture l’a fauché sur son vélo…

A ce titre, il percevait les indemnités journalières.

C’est en 1995 que la consolidation a lieu. Consolidation ne voulant pas dire rétablissement ou guérison : Il s’agit d’un simple état des lieux lorsque les experts pensent que l’état du blessé est sensé être stable et que peu d’évolution devrait intervenir dans un sens comme dans un autre.

VI assurances, avocats… 

C’est alors que Mme X de la Société de Défense des victimes me demande de faire établir des attestations prouvant que mon fils n’avait pas de problèmes psychiatriques ni psychologiques avant l’accident « car pour la Cie d’assurances c’est litigieux, vous comprenez, ils pensent que…  Notre avocat de Paris… Ah oui ! Car je vous informe que le procès aura lieu à Paris au siège de la Cie d’assurances, vous allez devoir aller le rencontrer… Surtout il ne faut pas parler de cette nouvelle hospitalisation pour ne rien retarder… ».

Force est de constater que les Sociétés de Défense de victimes ne sont pas en mesure de vous défendre, elles doivent avoir recours à un avocat…

Dieu merci, le directeur du collège et le professeur de français de Valentin rédigent sans aucune difficulté des certificats prouvant son bon comportement, la maturité et la pertinence de ses réponses en cours. Les parents et la fratrie sont passés en revue, niveau d’études, professions etc… Ce n’est que plus tard que je comprends comment est calculé la valeur d’une personne humaine : selon le milieu socio-culturel, la profession des parents, des frères et sœurs. Et là, il a été décidé très arbitrairement qu’il aurait pu être un bon technicien mais pas plus puisqu’il avait redoublé sa 6ème, alors que frère et sœur ont fait des études supérieures !!!!! Et puis, va savoir pourquoi, l’avocat me dit qu’il est mieux d’établir le préjudice de Valentin et demander le dédommagement du père, puis dans un 2ème temps celui de la mère… Quand on n’y connaît rien, on fait confiance à des professionnels… Un an s’écoule entre les 2 demandes… Alors que j’avais demandé un préjudice pour le frère et la sœur qui s’étaient investis, rien ne sera obtenu ! A l’issue du 2ème procès, un jour, un chèque d’un très gros montant est arrivé dont il avait été retiré la somme de 157.350 F soit 23.987,85 €.

Force est de constater qu’il aura fallu payer la société de défense et son avocat !

En allant voir directement un avocat, que de temps et d’argent économisé !  

Cependant la longue hospitalisation en HP n’avait pas été prise en compte, sur conseil du dit-avocat pour que l’indemnisation arrive plus vite…

Entre temps, j’apprends qu’un livre sur les victimes d’accident vient de sortir : « Assurés si vous saviez… ». Je le dévore : justement je suis dans le cas de figure.

Je fonce à Paris voir l’avocate qui a écrit l’ouvrage et lui porte mon dossier en disant que je pense qu’il y a des irrégularités importantes dans le dossier de mon fils.

Effectivement il y en a, et en plus, elle est époustouflée de la somme retenue par la société de défense de Bordeaux !!!

« Avec tous les nouveaux éléments et les certificats médicaux en votre possession, il faut demander la réouverture du dossier pour aggravation. »

Je me sentais « entre de bonnes mains » maintenant !

Plusieurs mois m’ont été nécessaires pour établir un planning pour un personnel se relayant 24h/24h 365j/365 jours, ceci avec le support des conventions collectives que j’ai dû commander, estimation des payes, charges etc…

Epuisée, car parallèlement je m’occupe de Valentin à la maison, je porte un gros dossier à Paris, enfin bien confiante cette fois-ci d’être défendue par une avocate de renom…

Eh bien c’était sans compter… Alors que ce dossier était délicat et lourd, j’apprends qu’il y a eu une négociation avec la Cie d’assurances adverses et que j’ai obtenu 9,56 € de l’heure de jour et 6,30 € de nuit nets, sachant que les handicapés ne paient pas de charge !

De surcroît, c’est une nouvelle avocate du cabinet qui est allée en négociation et m’écrit en se félicitant d’avoir pu obtenir… TOUT ÇA !

« Mais non, bien sûr, il y a des charges et puis et puis… Qui viendra travailler la nuit pour 6,30 € de l’heure ? »

Quand je pose la question, devinez la réponse d’une avocate renommée sur la place nationale ?  « Mais vous ne pouvez pas trouver une étrangère que vous logerez et qui s’occupera de votre fils à temps complet ? »

Là, vous vous demandez dans quel monde vous vivez… Avec tout le sous-entendu de la question !

Furieuse, je lui demande de faire appel de la décision de justice sur le champ, ce qui est encore plus mal ressenti et on ne se prive pas de m’envoyer aux calendes grecques…

Deux autres années seront nécessaires pour obtenir une somme à peu plus convenable mais qui s’avérera dans la réalité des faits, insuffisantes par rapport aux besoins.

Nous sommes en janvier 2007, plus de 16 ans se sont écoulés…

Mais la Cie d’assurances adverse ne l’entend pas comme ça : elle se pourvoit en cassation.

Ma confiance en l’avocate s’étant définitivement évanouie, je décide d’aller voir un avocat à Bordeaux, spécialiste lui aussi de la défense des victimes, au plus près des traumatisés crâniens. Il est consterné par les tribulations de mon dossier…

Avec gentillesse et respect, il m’explique mes erreurs et me dit qu’il ne comprend pas que j’ai pu faire tout ce travail de préparation des besoins en tierce-personne pour l’avocate, que c’est son travail… Que les tarifs horaires demandés pour payer du personnel sont insuffisants…

Mais qu’il faudrait faire une nouvelle ouverture de dossier pour qu’ils soient revus…

Moi qui pensais en avoir terminé…

Il faut déjà assumer la défense en cassation : Les démarches de cet avocat sont précises, carrées et menées dans le temps, de main de maître ! C’est le cas de le dire ! Par courrier, régulièrement, il m’informe de ses démarches.

Que ne l’avais-je connu plus tôt ? Que de boulettes évitées et surtout que de temps et que d’argent gagnés, car je dois dire que ses honoraires ont été bien plus raisonnables par rapport à ceux distribués jusqu’alors !

Il requiert un avoué, spécialisé en matière de cassation.

C’est le 19 novembre 2008 que la cour de cassation a débouté la Cie d’assurances et qu’enfin il a pu être envisagé d’avoir du personnel à temps complet pour me remplacer.

VII/ Situation actuelle :

A ce jour, après 22 ans de combat, il est dur de repartir pour une nouvelle ouverture de dossier pour obtenir une indemnisation correspondant aux besoins en tierce personne, et la marge de manœuvre pour les salaires est telle que malheureusement c’est un véritable sport comptable.

Valentin a eu un traumatisme  crânien, mais n’a plus de problème !

Voici ce qu’il pense de son état. Il est anosognosique: il ne se rend pas compte de l’étendue de son handicap. S’il se projette dans l’avenir c’est toujours vers des buts irréalisables.

A 39 ans, Valentin est entouré de 5 auxiliaires de vie qui ne sont pas toujours respectés, il vit dans son appartement, à sa façon et pour le moins mal…

De mon côté, je suis seule maintenant, mon couple n’a pas survécu après ce grand bouleversement.

***

Ce n’est que le 30 janvier 1997 que j’ai fait une première demande de carte d’Invalidité à la COTOREP, rebaptisée MDPH maintenant ainsi que le macaron, l’autonomie de marche de Valentin étant de 100 à 150 m sans s’asseoir.

Personne ne m’avait parlé de cette démarche et de ses avantages depuis l’accident en 1991 !

Carte 80% délivrée.

A la sortie définitive de HP Marius Lacroix en mars 1997, pour le domicile, l’état de valentin est tel que je conteste le taux au Tribunal du contentieux :

Incontinent, incapable de se gérer dans l’espace et violent verbalement et physiquement en cas de frustration, plus aucune notion d’alimentation quantitativement, la communication se fait dans les cris, c’est l’enfer à la maison.

Après des démarches, reconnaissance handicap 95%.

Début des soins au centre ESPAS (Equipe Secteur Psychiatrique d’Aide et de Soins) avec un médecin psychiatre, dont je ne mettrais pas longtemps à comprendre qu’il ne connaît pas le traumatisme crânien.

Soins infirmiers à domicile, musicothérapie, squash afin que permettre à Valentin de redécouvrir la notion du corps dans l’espace et surtout une forme de communication que la violence étouffait.

Entre les regards méchants, les insultes gratuites, notamment envers les gens de couleur, recherches de bagarre, en 2009, pas moins de 56 mains courantes seront déposées au Commissariat de Royan contre Valentin, à cause de son comportement  inadapté dans la rue malgré la « surveillance » de ses auxiliaires de vie ! Ses sautes d’humeur sont si imprévisibles qu’il est impossible à quelque accompagnateur que ce soit d’en prévenir les conséquences.

Rendez-vous avec le commissaire pour lui expliquer la situation et ce qu’est le traumatisme crânien, afin qu’il ne soit pas envoyé en hôpital psychiatrique par le Préfet.Si je m’étais rapprochée d’une association de personnes ayant les mêmes problèmes, j’aurais pu bénéficier de conseils expérimentés et surmonter bien des écueils.

CAMILLE ,  état pauci-relationnelle…

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Elle venait d’avoir 18 ans

Ce pourrait être le début d’une chanson, ce fut le début du chaos… témoignage

La Nouvelle République ,  2008

Depuis,  Camille vit au domicile familial. Une extension à la maison existante  lui est dédiée : une chambre, une salle de bain, une pièce pour les auxiliaires de vie. Son état de santé est stabilisé, il faut éviter les infections, surtout l’hiver. Elle bénéficie d’une heure de kiné douce « feldenkrais », d’une séance de piscine, d’une heure d’ergothérapie par semaine. Une neuropsychologue suit les progrès, ténus, mais progrès quand même.  Balades, lecture, tablette pour suivre sur facebook les amies et amis qui ne l’ont pas oubliée. Beaucoup d’amour autour d’elle, les vacances se passent en équipe, la dream-team des cousins, tantes et beaux-frères. Un équilibre à trouver, le calme à reconquérir, l’ apaisement face à la révolte des premières années. Mais tout cela reste fragile, les verbes ne se conjuguent désormais qu’au présent.